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D'abord, la cohérence

By Kelly Quintero

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Jean Lemire, le premier émissaire aux changements climatiques et aux enjeux nordiques et arctiques pour le gouvernement du Québec, fait un appel « à changer cette vision que l’on a envers la nature », non seulement parce qu’elle le mérite, mais parce que c’est aussi vital pour les êtres humains. Des sujets tels que l’importance pratique et éthique de vivre en harmonie avec la nature, l’obligation de respecter nos engagements et le besoin d’agir selon les principes de développement durable ont été présents tout au long de notre conversation. Par exemple, Jean a souligné le fait que « s’acheter facilement une conscience » implique de continuer à plonger dans la culture de la consommation, un phénomène qui est à la base du déséquilibre dont nous sommes témoins aujourd’hui.

Ce biologiste de formation, qui est également photographe, cinéaste et auteur, vaticine que l’auto partage en ville sera la règle tandis que posséder une voiture sera l’exception. Concernant le Québec, selon lui l’électrification des transports est incontournable, autant que la promotion du transport actif et l’amélioration constante du transport en commun. Vous aurez déjà identifié ce qui est pour Jean le défi le plus grand de la province : le transport. Également, il invite le Canada et les Canadiens à agir en cohérence avec leurs idées et leurs engagements, et les provinces à s’entraider afin d'accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

Finissons donc ce préambule et allons lire les propres mots de Jean Lemire, l'écouter dans une toute courte vidéo et voir à travers sa caméra…

Jean Lemire. Photo: facebook.com/jean.lemire.16

Jean Lemire. Photo: Martin Leclerc. facebook.com/jean.lemire.16

Étant donné qu’en ce moment on ne sent pas encore les effets des changements climatiques comme ailleurs, comment susciter l'empathie des Canadiens envers​ les gens les plus touchés par ce phénomène?

C’est le grand défi parce que nous, on a des alternatives. Parce que l’on est riche, on peut s’acheter une conscience. Cela ne nous aide pas du tout. Par exemple, vous êtes empathique et vous comprenez que vous devriez faire partie de la lutte aux changements climatiques. Vous êtes riche; qu’est-ce que vous faites? Vous vous achetez une Tesla. C’est super parce que vous venez de dire non à une voiture qui pollue et si vous la gardez très longtemps, vous allez avoir une gagne. Mais, quelque part, on n’a rien transformé. On garde le même train de vie. Ce n’est pas la technologie ou la compensation carbone qui va nous aider, c’est de réussir à diminuer et à changer cette vision que l’on a envers la nature.​

Quand on cherche des solutions globales, ce qui fait ralentir tout le processus c’est que l’on demande au 99 % de la population, qui a peu d’argent comparé au 1 % qui a plus de richesse que le reste : « Vous devez collaborer, vous aussi ». Il y a une inégalité, souvent. On est vraiment dans une situation où le développement durable, qui est un terme qui est de plus en plus galvaudé, doit vraiment être mis de la part pour ce qu’il est en réalité. La formule mathématique ne fonctionnera plus, parce qu’il y a un aspect de la problématique que l’on positionne rarement parce que cela n’est pas très politiquement correct : à un moment donné, il va y avoir beaucoup de gens sur cette planète pour les ressources disponibles. Donc, il faut vraiment penser à des notions de citoyens du monde, de plus en plus.

On trouve cela épouvantable quand les pays comme la Chine où l’Inde commencent à avoir une classe moyenne. Là, on dit « attention, ils ne peuvent pas tous se mettre à manger de la viande, ils ne peuvent pas avoir tous une voiture, ils ne peuvent pas… » En fait, ce que l’on est en train de dire c’est qu’ils ne peuvent pas avoir un mode de vie comme on a. - Jean Lemire

En matière d’émissions, un de nos grands défis se trouve dans les secteurs du transport, du pétrole et du gaz. Que pensez-vous du rôle du Canada en tant que producteur et consommateur dans ces secteurs?

Le Canada a tout pour devenir un modèle environnemental sur la planète. Surtout depuis le retrait des États-Unis, le Canada devrait vraiment être un leader. Au niveau du Québec, on est un très bon élève dans tout ce qui est tarification du carbone; on est en avant sur tout le reste du pays. On sait que ça fonctionne. Évidemment, si l’on était citoyens de Calgary et qu’au lieu d’avoir l’hydroélectricité on avait des sables bitumineux, ce serait probablement plus difficile de prendre cette position. Mais, il y a une conclusion scientifique mondiale qui dit que ce qui est dans la terre devrait rester dans la terre. Et si l’on va être un leader, on ne peut pas dire une chose et faire une autre.

Le Canada devrait vraiment miser sur les énergies nouvelles, qui vont être celles de demain de toute façon; devenir un pays d’innovation technologique. Dans les provinces où il y aura un déficit, comme l’Alberta, il faut les accompagner en leur disant « L’ensemble du pays va vous supporter, on va vous aider à faire une transition, et elle ne peut pas passer comme on fait, par une augmentation de la production, et non plus par plus des pipelines pour en produire davantage, pour le transporter. » Dans la période de transition que l’on vit en ce moment, c’est souvent ce que j’ai comme sentiment; il y a des annonces à l’international, mais quand il est temps de passer à l’action, ça ne bouge pas très vite.

Au niveau de la haute consommation, il faut certainement prendre le virage électrique. Alors, l’électrification des transports. On serait fou de ne pas s’en aller là. On a l’électricité, qui est propre à 99 %. Il faut de plus en plus accompagner nos citoyens, les aider à aller vers ces véhicules électriques, leur offrir plus de transports en commun, par exemple. Je suis convaincu que dans quelques années, il n’y aura pas autant de gens dans les villes qui auront des voitures individuelles. Il y aura un réseau de voitures, tout sera en autopartage. Ça va beaucoup changer.

C’est clair que si j’avais à faire des investissements, je n’irais pas dans le pétrole, dans le charbon, dans les énergies du passé. Soyons brillants, misons sur l’innovation parce que c’est là où la planète s’en va. - Jean Lemire

Mis à part la promotion des énergies renouvelables, faudra-t-il avoir un message beaucoup plus clair sur le gaspillage et la consommation à l’échelle individuelle, questions qui ont une forte incidence dans nos émissions de gaz à effet de serre?

Il y a beaucoup des messages sur notre façon de vivre qui doivent être mis à l’avant. Le gaspillage alimentaire n’a pas de bon sens. C’est incroyable ce que l’on jette en ce moment. Pour la production des supermarchés, il faut que tous les légumes soient tous pareils, il faut que ça soit toujours parfait. Ce n’est pas comme cela que l’on va réussir. J’aime bien avoir cette façon où tu cultives, où tu achètes local. Il faut absolument réussir à consommer moins à tous les niveaux. Ce sont des questions d’habitudes de vie. Mais, je pense que l’on peut réussir.

Quels sont les enjeux environnementaux les plus pressants pour le Québec à cause des effets du changement climatique?

Le transport en première position, et en deuxième je dirais le transport, et en troisième position je dirais le transport. C’est vraiment là où il faut beaucoup travailler : l’électrification du transport, bien sûr le transport collectif, et essayer d’élargir les zones de transport en commun et en région aussi. Si l’on réussit le défi de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, mais de façon importante avec le transport, on va réussir le pari de nos objectifs. Si l’on ne réussit pas, à ce moment-là on va être obligé d’acheter des crédits de l’étranger pour réussir à accomplir nos objectifs. On va les remplir, mais ça va être difficile si c’est strictement local. On peut manquer de temps, surtout pour l’objectif de 2020. Il faut que les gens acceptent que l’on va acheter des crédits à l’étranger à ce moment. Notre grand accent doit être mis sur le transport, qui représente 42 % du gaz à effet de serre que l’on émet en ce moment [consultez​ l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre en 2015]. Je trouve que le vélo doit avoir plus de place, le transport actif… et l’on voit bien comment ça marche dans d’autres pays. Il n’y a pas de raison que l’on n’aille pas là.

J’ai un bureau aux Îles de la Madeleine. Je vois bien que les gens là-bas ont besoin de leur pick-up. Alors, j’espère que la technologie va venir assez rapidement pour que l’on puisse avoir des pick-up électriques. Il faut aussi penser en fonction du territoire immense que l’on a, il faut être réaliste. Montréal est une région de 2 millions, 3 millions de personnes. Et si l’on parle des Îles de la Madeleine au complet, on est à 3000 personnes. C’est sûr que les investissements ont besoin d’être faits pour toucher le plus grand nombre possible, pour enlever le plus de voitures possible des rues.

Comment un citoyen commun peut s’impliquer dans la réduction des émissions que le Canada doit atteindre?

Il n’y a pas de réponse magique parce que chacun est à son niveau. Il faut s’améliorer. Le grand principe c’est ça. J’ai un ami qui ne recycle pas. Alors, si tu lui demandes de faire du vermicompostage, c’est sûr que ça sera trop parce qu’il n’est pas vraiment rendu là, dans sa tête. J’ai d’autres gens qui font tout; qui consomment différemment, qui mangent local. Eux, ils sont mieux placés que moi pour leur dire quoi faire. Ce que je leur dis c’est « allez encore un peu plus loin parce que l’on va en avoir besoin. Améliorez-vous ». Peut-être que celui qui ne recycle pas et qui se promène avec son gros pick-up en ville va prendre des résolutions comme utiliser le transport en commun, etc., et il aura amélioré sa situation. Si tout le monde agit, on aura un gain. On ne peut pas demander : « Demain matin il faut que tout le monde mange local, ne mange plus de viande, etc. ». Cela ne fonctionnera pas. Il faut se donner des objectifs qui sont réalisables, des objectifs qui font que tout le monde ait le sentiment de participer.

La participation citoyenne est essentielle. Elle est vraiment au cœur des politiques de demain. Il faut qu’il y ait des valeurs sociétales, qui doivent être inspirées par une éducation. On doit être capable de donner les bonnes valeurs pour qu’il y ait le respect de l’environnement, le plus possible. Le meilleur investissement qu’une société peut faire c’est dans l’éducation. Plus on commence tôt, plus ces gens auront [une base]. C’est eux qui auront le pouvoir de demain, c’est eux qui vont décider. Il y a des choses que j’ai vu dans mon enfance, et si je répétais ce geste devant des enfants d’aujourd’hui, je me ferais crucifier. Donc, il y a eu une évolution, sauf qu’il faut que ça aille plus vite. Il faut que l’on soit plus efficace et plus rapide.

Les villes vont jouer un rôle de plus en plus important. C’est bon quand elles décident de faire un choix pour demain vers le transport en commun. Je trouve aussi important que les citoyens fassent plus de transport actif. Il faut réussir à sortir le changement climatique de son silo. Plus de transport actif veut dire lutter contre les changements climatiques parce qu’il n’y a pas de gaz à effet de serre, mais ça veut aussi dire un système de santé qui coûte moins cher. C’est la même chose avec l’alimentation. Tout ça est relié. - Jean Lemire

Parlons d’une initiative citoyenne au Québec qui est un exemple dans la lutte contre les changements climatiques.

Il y a des images qui pour moi sont très fortes. Chaque matin, on prend nos petits loups et on les envoie à l’école. On s’en va leur donner une formation avec des valeurs. J’aimerais voir tous les enfants du Québec embarquer dans des autobus électriques. Il faut que nos paroles et nos engagements suivent nos gestes. Je suis allé voir les autobus de Lion, qui font des autobus électriques pour les enfants et qui ont commencé à vendre à l’extérieur du Québec. Je trouve ça vraiment magnifique. Maintenant, il faudrait que nos commissions scolaires et nos gouvernements continuent d’appuyer des solutions comme cela, qui sont à la fois technologiques, mais aussi qui lancent un message formidable.

Aussi, quand le gouvernement a annoncé, par exemple, les programmes pour aider les pays en développement, pour leur lutte aux changements climatiques, j’ai trouvé ça formidable; que nous, les pays riches, on puisse aller dans les pays qui sont le plus dans le besoin, et que l’on fasse du transfert technologique et que l’on les aide financièrement.

Les expériences les plus touchantes…

C’est l’heure de l’écouter et aussi de voir une infime partie de ce que les yeux de Jean Lemire ont vu durant certaines explorations de divers endroits sur la planète. Jean m’a raconté, avec émotion, quelques expériences remarquables qu’il a vécues dans son parcours.

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Et vous, qu’est-ce qui vous amène à prendre soin de votre coin de la planète? Comment le faites-vous? Comment aimeriez-vous, vous impliquer davantage?

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After spending some time in the marketing and editorial field, I decided to materialize a personal desire into a professional challenge: participate in making this world a fairer and kinder one. Right now in the last stage of my Master in Environment and Sustainable Development, I am just at the beginning of this journey.

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